Colonisation, décolonisation, fascisme et anti-fascisme à l’ère de Trump

Le texte suivant est une traduction d’un commentaire de Ena͞emaehkiw Wākecānāpaew Kesīqnaeh suite à l’élection de Trump. Il constitue le coeur de la chronique Unsettling Babtous de septembre 2017 sur les ondes de CKUT.

 


 

 

Suite à l’élection de Donald Trump au sud de la frontière coloniale, de nombreuses discussions sur le fascisme et sur la nécessité d’une coordination antifasciste entre une multitude de courants de gauches (anarchistes, marxistes, anti-racistes, etc.) ont vu le jour. Ces discussions n’ont fait que prendre de l’ampleur suite à l’investiture présidentielle et la série de décrets préoccupants qui ont été mis en place (sans compter la résistance qu’ils ont rencontré) depuis que Trump est entré à la Maison Blanche.

 

Que Trump soit ou non un fasciste est une question qui est ouverte à discussion; parmi les gens qui estiment qu’il l’est sans l’ombre d’un doute, il en est qui mentionnent les révélations d’une de ses ex-femmes concernant le fait qu’il dormirait ou qu’il a un jour dormi avec un exemplaire des discours d’Hitler sur sa table de chevet. On pourrait aussi débattre quant au fait que plusieurs figures politiques clés de l’entourage de Trump – comme Steve Bannon – sont fascistes ou proto-fascistes. Dans tous les cas, il est indéniable que Trump et ses proches conseillers appartiennent à la droite nationaliste populiste, ce qui, dans le contexte du colonialisme de peuplement nord-américain, est absolument inséparable du suprématisme blanc.

 

De la même manière, il est indéniable qu’un certain nombre d’organisations blanches explicitement suprématistes ont été enhardies et motivées par Trump et le soutien populaire important qu’il a reçu d’une bonne partie des colons américains, sans distinction pour leur genre ou leur classe, avec le sentiment que l’Amérique a été trahie et salie par les immigrants, les minorités, les queers, les féministes et le capitalisme néolibéral qui a délocalisé outre-mer le secteur industriel. Les prophètes du white power décomplexé, comme Richard Spencer se sont sentis pousser des ailes en observant ce ressentiment blanc, et ont par conséquent rejoint la campagne de Trump, puis sa présidence. Il reste à voir combien de temps ils continueront à le soutenir.

 

Qui plus est, étant donné que j’écris du Canada, il serait stupide de croire que le pays dans lequel je vis est séparé hermétiquement de ce qui se passe au sud de sa frontière. D’importantes figures conservatrices tentant de succéder à Stephen Harper à la tête du parti conservateur ont cherché à imiter la rhétorique de Trump et ont appelé ouvertement à importer son message au Canada. N’oublions pas qu’avant que Trump passe ses décrets interdisant l’immigration en provenance de 7 pays majoritairement musulmans et autorisant la construction d’un mur sur la frontière mexicaine, le gouvernement Harper avait mis en place l’acte anti-terrorisme connu sous le nom de loi C-51, ainsi que la loi C-24. Ces deux lois ont renforcé l’État policier canadien déjà existant et ont autorisé la déchéance de nationalité pour les personnes ayant la double citoyenneté. Aucune de ces dispositions légales n’ont été modifiées par l’actuel gouvernement libéral de Justin Trudeau.

 

N’oublions pas non plus la tuerie choquante et tragique ayant eu lieu au Centre culturel musulman de Québec. Cette tuerie qui a coûté la vie à 6 personnes, a été perpétrée par un colon québécois francophone qui adhère ouvertement au nationalisme populiste de droite et aux politiques islamophobes de Trump aux États-Unis, et de Marine Le Pen en France. Beaucoup craignent que de tels actes ne soient que la pointe émergée de l’iceberg, plutôt qu’un événement isolé de type “loup-solitaire”.

 

De manière générale, bien que l’émergence de l’extrême droite américaine précède de loin l’arrivée de Trump au pouvoir, cette même extrême droite a clairement instrumentalisé l’élection d’Obama comme première personne non-blanche à devenir présidente, et la campagne de Trump puis sa victoire ont indéniablement participé à une accélération du mouvement. Pour le moment, les suprématistes blancs ont l’impression qu’ils ont un des leurs à la Maison Blanche ou, à tout le moins, quelqu’un prêt à entendre leurs appels, et dont ils peuvent mettre à profit le mouvement pour renforcer le leur.

 

Je veux également mettre de l’avant que beaucoup de gens ont peur dans la situation actuelle. Comme je l’avais noté dans mon commentaire sur l’élection de Trump, ma mère m’avait appelé à 3 heures du matin ce jour-là pour me dire qu’elle avait littéralement la nausée. Pareillement, mon frère qui est pourtant loin d’être un libéral, m’a indiqué qu’il pensait qu’il devrait quitter sa job à cause de l’atmosphère étouffante de suprématisme trumpiste dans son environnement de travail. J’ai pu lire depuis la fin des élections des choses qui ressemblent à des mises à jour quotidiennes de la peur, de la dépression et de la rage ressenties par de nombreux collègues et chercheurs autochtones, et par de nombreuses personnes de manière générale, suite à la ré-activation des projets de pipelines par Trump, suite au décret de la construction d’un mur de frontière séparant nos familles autochtones du sud du Rio Grande, et suite au dévoilement d’un portrait d’Andrew Jackson dans le bureau oval, un des présidents des États-Unis les plus meurtriers envers les Autochtones. La peur et les inquiétudes exprimées et ressenties par la famille, les amis, les collègues et les camarades partout sur l’île de la Grande Tortue sont palpables et je me dois de leur donner une tribune et de vous en faire part.

 

Pour autant, ce que je veux faire ici, c’est poser une question assez simple: qu’est-ce que le fascisme? Et, plus particulièrement, qu’est-ce que le fascisme veut dire pour les peuples autochtones? Est-ce que c’est une catégorie analytique utile pour nous, dans le contexte du colonialisme de peuplement? Et puis, pour finir, que veut dire l’antifascisme dans le cadre des luttes de décolonisation?

 

Définir le fascisme.

 

Donc, qu’est-ce que le fascisme? Si vous ouvrez n’importe quel livre gauchiste, vous allez nécessairement finir par tomber sur deux définitions. La première, et sans doute la plus commune, est que le fascisme est une forme particulièrement virulente de nationalisme autoritaire. Cette conception fait souvent le lien entre le fascisme et les manifestations agressives de racisme, de traditionalisme conservateur et réactionnaire, d’anti-libéralisme et d’anti-communisme, ainsi qu’avec les approches expansionnistes et revanchardes de la politique étrangère comme faisant partie d’un mouvement général visant à l’appropriation d’un pouvoir politique absolu, l’élimination de l’opposition politique et la création d’une structure économique permettant de transformer les relations sociales au sein d’une culture moderne prédéterminée. D’autres caractéristiques essentielles incluent une esthétique politique faisant usage d’un symbolisme romantique, de la mobilisation de masse, et d’une conception positive de la violence, ainsi que la promotion de la virilité, et d’une chefferie jeune et charismatique. Les exemples historiques de fascisme, si on ne se concentre pas sur les grosses différences entre elles, sont l’Italie de Mussolini et, bien entendu, le mouvement national socialiste qui a pris le pouvoir en Allemagne dans les années 30. On peut aussi lier à cette conception du fascisme l’espagne franquiste, le fascisme clérical en Roumanie sous le pouvoir de la Garde de Fer et de Ion Antonescu, ou les différents gouvernements hongrois des années 30. [Note du traducteur: le Japon impérialiste de la première moitié du XXeme siècle en fait techniquement partie aussi].

 

À la gauche de cette définition du fascisme qui bien qu’étant libérale-historique n’est pas tout à fait inutile, on a une définition concurrente qui a été adoptée par la majorité des mouvements anti-capitalistes révolutionnaires, et principalement par les marxistes et par les anarchistes classiques. La définition en question trouve ses origines chez le communiste bulgare Georgi Dimitrov qui fut aussi le Secrétaire général de l’internationale communiste. Il décrivait le fascisme comme étant “la dictature ouvertement terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital financier” (1935). On pourrait dire bien plus de choses concernant cette définition particulière du fascisme, mais c’est sa concision qui fait tout son attrait, même si son manque de précision peut faire en sorte de limiter son utilité. D’autre part, même si cette définition continue d’être la plus prisée et la plus immédiate au sein du mouvement anti-capitaliste révolutionnaire, ce n’est pas la seule.

 

En particulier, on pourrait mentionner l’ouvrage Fascisme et Antifascisme de Don Hammerquist. Hammerquist, un marxiste autonomiste, rejette la conception traditionnelle et marxiste-léniniste de Dimitrov, qui considère le fascisme uniquement comme un instrument du grand capital. À la place, Hammerquist estime que

 

“contrairement à la position de Dimitrov, le fascisme a le potentiel de devenir un mouvement de masse incluant certains éléments anticapitalistes révolutionnaires substantiels et sincères. Le fait de considérer le fascisme comme simplement du “mauvais” capitalisme – comme l’appelle le Comintern – ne peut apporter que des problèmes” (2002 :10).

 

Hammerquist voit le danger d’un nouveau fascisme comme étant beaucoup plus indépendant des euro-fascismes classiques des années 1920, 30 et 40, et surtout beaucoup plus opposé au capitalisme que ce que défend l’opinion la plus répandue à gauche. Pour Hammerquist, le fascisme n’est pas juste un instrument grossier servant au capitalisme industriel, mais plutôt comme une nouvelle forme de barbarie qui s’accompagne de manière déconcertante d’un soutien de masse. Ce qui est sans doute encore plus important est qu’Hammerquist souligne le degré avec lequel le fascisme a sa propre vie politique autonome et qu’en ce sens, bien qu’il puisse être influencé par la bourgeoise, il en est au final indépendant. Pour lui, le fascisme est une forme de révolution populiste de droite.

 

Sakai, qui est d’accord avec les grandes lignes d’Hammerquist tout en présentant certaines critiques et contributions, considère que la vieille croyance de l’Europe des années 20 (que le fascisme est juste un outil de la classe dominante) est absolument désastreuse. Sakai met aussi de l’avant la composition de classe des mouvements fascistes, en prenant pour exemple le mouvement nazi allemand, pour montrer que ces mouvements sont formés principalement par des hommes issus de la classe moyenne inférieure ou déclassés. Sakai analyse aussi le rôle qu’a pu jouer la pensée écologiste, notamment la doctrine du sang et de la terre dans la pensée fasciste, et tout particulièrement dans la pensée nazie.

 

Cependant, bien que les écrits d’Hammerquist et de Sakai sur le fascisme nourrissent des débats nécessaires, intéressants et productifs, ils restent minoritaires dans la pensée de gauche. Retournons donc à la définition de Dimitrov puisqu’elle reste une des définitions les plus populaires chez les partisans d’un anticapitalisme révolutionnaire.

 

Pour retourner aux manques de précision de la définition du fascisme de Dimitrov, on peut noter que d’autres ont essayé de s’immerger dans l’expérience fasciste pour mieux la comprendre et lui donner du corps, pour pouvoir mieux l’analyser. L’économiste politique Zak Cope résume ses tentatives pour améliorer l’analyse du fascisme de Dimitrov, dans son livre Divided World Divided Class: Global Political Economy and the Stratification of Labour Under Capitalism. Il écrit notamment:

 

Le fascisme est la tentative, par la bourgeoisie impérialiste, de solidifier sa domination au moyen d’un soutien des classes moyennes et populaires à une dictature contre-révolutionnaire. Idéologiquement, le fascisme est un cousin proche et un mix de l’autoritarisme, du racisme, du militarisme et du pseudo-socialisme qui lui sont tous nécessaires. En premier lieu, l’autoritarisme justifie la dictature de droite ayant pour but de déposséder et réprimer tous les opposants réels ou potentiels du régime impérialiste. Deuxièmement, le racisme ou le chauvinisme national extrême fournit au régime fasciste une façade pseudo-démocratique, en promettant que toutes les distinctions de rang et de classe soient éliminées au profit d’une expansion nationale. Troisièmement, le militarisme permet au mouvement fasciste de recruter les ex-militaires déclassés et les éléments paramilitaires et de préparer la conscience populaire aux guerres d’agressions futures. Enfin, le social-fascisme ou pseudo-socialisme permet d’offrir des salaires et des conditions de vie plus élevées aux travailleurs nationaux aux dépends des travailleurs étrangers ou colonisés. Ce faisant, la dénonciation du capital improductif et usurier des nations bourgeoises (c’est-à-dire des nations impérialistes dominantes) et la trahison des travailleurs par le socialisme réformiste sont partie intégrantes de l’attrait qu’exerce le fascisme (294).

 

Comme le note Cope, ce résumé ne dévie pas essentiellement des discussions du fascisme qui ont eu lieu avant Dimitrov et avant Hitler dans le Programme de l’internationale communiste, puisque le programme notait que “la combinaison de la social-démocratie, de la corruption et de la terreur blanche, en conjonction avec l’agression impérialiste extrême dans la sphère de la politique étrangère, sont les caractéristiques principales du Fascisme”. Cependant, comme c’est souvent le cas avec la gauche contemporaine, Cope reste dans les lignes générales de Dimitrov, en soutenant que le fascisme est “une forme exceptionnelle de l’État bourgeois”.

 

Au-delà du Comintern: la violence coloniale vers l’intérieur

 

Pour le colonisé, qu’il soit en Amérique du Nord ou en dehors, ces formulations du fascisme sont insuffisantes. Pour autant, dans sa propre analyse du fascisme, Cope ouvre une porte sur ce que j’estime être le coeur du fascisme. Il écrit: “géographiquement parlant, sur son propre territoire, le fascisme est une répression impérialiste dirigée vers l’intérieur” (294). C’est un aspect du fascisme qui, à mon sens manque cruellement dans les autres définitions, qu’elles soient libérales-historiques ou non, concises ou détaillées. En définitive, si on suit cette logique, on peut dire que le fascisme apparaît lorsque la violence que les nations colonialistes et impérialistes ont infligée au monde entier au cours du développement moderne d’un système capitaliste mondial et parasitaire retourne faire une petite visite à la maison.

 

Cette connexion directe entre la violence coloniale et le fascisme a été merveilleusement bien décrite par Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme (1972):

 

Nous devons montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, […]ou un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent (13).

 

Concernant le choc de la récapitulation coloniale-impérialiste du fascisme arrivant sur les terres européennes, Césaire ajoute:

 

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne (14).

 

Ce qui me ramène à ma seconde question : que veut dire le fascisme pour une personne autochtone? Pour le colonisé en particulier, étant donné que Cope ajoute « qu’en terre étrangère » le fascisme est une « répression impérialiste utilisée par les autocraties compradores » (2014 : 294), comme le font également Hammerquist et Sakai dans leur discussion sur la globalisation du fascisme (2002; 2002)? Dans le même temps, qu’est-ce que cela veut dire pour une analyse du fascisme lorsqu’être en « terre étrangère » est aussi être « sur ses propres terres »?  En d’autres termes, que signifie le fascisme pour ceux et celles d’entre nous qui sont prisonnier·e·s dans le ventre d’une bête coloniale violente?

 

Le terrain sous le fascisme

 

En se fondant sur cette reconnaissance du fascisme comme de la violence coloniale dirigée vers l’intérieur, nous sommes immédiatement confrontés au fait que le terreau qui rend possible le développement d’un fascisme domestique en Amérique du Nord est un terreau – au sens propre de territoire, comme au sens figuré d’espace psychologique, politique, social, culturel, idéologique et économique – déjà imbibé de sang. C’est un terreau imbibé du sang des peuples rouges et noirs.

 

Dans le cas des colonies de peuplement d’Amérique du Nord, la violence fait partie intégrante de l’état d’exception expansionniste de la Frontière, du déplacement, de l’assimilation et du génocide des peuples autochtones pour rendre le territoire disponible à l’occupation, et la continuité carcérale qui a marquée l’existence des Noirs sur ces territoires depuis l’esclavage jusqu’aux hyperghettos modernes.

 

Par conséquent, avant de discuter du fascisme ou même du capitalisme, et de la possibilité de leur émergence sur ces territoires, il est important de reconnaître que le fascisme en Amérique du Nord ne peut surgir que dans un contexte qui est déjà toujours défini par deux axes fondamentaux de violence: le génocide des Autochtones et la négrophobie. Ces deux axes, qui sont incommensurables l’un à l’autre, se chevauchent aussi et sont en intersection avec le parasitisme général des pays impérialistes vis-à-vis du Tiers monde et des peuples colonisés de la Terre. De manière générale, nous pouvons dire que la vie psychique comme matérielle de la société blanche d’Amérique du nord est unifiée par une solidarité et une violence anti-autochtone et anti-noire.

 

Le colonialisme de peuplement et le génocide autochtone

 

Tout d’abord, l’Amérique du nord est un domaine colonial de peuplement. Ce qui signifie que l’une des caractéristiques principales qui distingue le colonialisme de peuplement nord-américain des formes de colonialisme métropolitain (ou de comptoir) plus traditionnelles est la dynamique fondamentale de l’élimination des peuples autochtones (Veracini, 2010). C’est ce à quoi le théoricien Patrick Wolfe faisait référence lorsqu’il parlait de logique d’élimination (2006). En effet, pour que le Canada ou les États-Unis puissent exister, les peuples autochtones doivent disparaître pour que des colons allochtones puissent revendiquer la possession légale du continent. Cette logique d’élimination se complète d’ailleurs par un projet extensif d’auto-indigénisation des colons. Ce dernier processus est peut être très présent au Québec et dans les Appalaches, mais il existe également sur l’ensemble du continent.

 

De plus, bien que la plupart de ces processus aient été d’ordre juridique et qu’ils soient appliqués quotidiennement au moyen des codes juridiques de la société coloniale blanche, ces processus sont et ont toujours aussi été littéralement imbibés de sang autochtone. Définir la vie autochtone dans le contexte du colonialisme de peuplement revient à la définir au travers d’une multitude de vecteurs de mort convergents, dirigés contre nous et notre résistance (Churchill, 2001). Tous ces processus peuvent être résumés par ce que Nicolas Juarez nomme les grammaires de souffrance de la vie rouge: le dégagement et la civilisation (2014). De manière additionnelle, bien que cette violence soit structurelle et ontologique, elle est aussi mise en oeuvre au quotidien par la population coloniale elle-même. Comme le mentionne Patrick Wolfe, dans la perspective autochtone, il y a une impossibilité à séparer le colon individuel de l’État colonial, le premier étant l’agent principal d’expansion du second (2016).

 

 

La négrophobie et l’héritage continu de l’esclavagisme

 

En parallèle de l’effacement des peuples autochtones du continent, de nombreux auteurs tels que Sora Han (2002), Jared Sexton (2008) ou Angela Harris (2000) ont montré qu’au sein des discours raciaux en Amérique du Nord, la négritude est associée à un statut héritable et inhérent de mise en esclavage, et est marquée par une exclusion permanente du tissu social. Bien que les manifestations particulières de ce processus aient évoluées au fil des époques comme le soulève le sociologue Loïc Wacquant – en passant de l’esclavage trans-atlantique à Jim Crow, au ghetto et à l’hyperghetto moderne, avec le continuum carcéral qui l’accompagne, c’est-à-dire le circuit ghetto-prison-ghetto – la logique sous-jacente est restée la même. Dans ce système, le corps noir devient lui-même un pôle d’accumulation, n’est rien de plus qu’une propriété qui peut être soumise à la violence. C’est ce que Sexton, Frank B.Wilderson III (2010) et d’autres théoriciens décrivent lorsqu’ils remarquent que les grammaires de souffrance de la vie noire sont l’accumulation et la fongibilité. L’héritage bien vivant de la négrophobie constitue un lien direct de l’esclavagisme au lynchage, aux exécutations extrajudiciaires d’hommes noirs, à l’hyperincarcération moderne et à la criminalisation de la négritude. Tout ceci est mis en place et rendu possible par une violence continue et gratuite envers les Noirs.

 

Qu’est-ce que le fascisme pour les peuples rouges et noirs?

 

Que veut donc dire le fascisme pour nous, les colonisés, les peuples rouges et noirs de ce territoire, auxquels il a été volé, et pour lesquels ils ont été kidnappés en vue de le rendre fructueux? Que cela signifie-t-il pour nous que Trump soit véritablement fasciste ou proto-fasciste?

 

Pour paraphraser le African People’s Socialist Party (2015) et Jesse Nevel du Uhuru Solidarity Movement (2016), et pour affiner un peu notre question, que signifie la montée potentielle du fascisme en Amérique du Nord pour les peuples rouges et noirs qui ont souffert et continuent de souffrir l’enfer du génocide, de l’esclavage, de la dépossession territoriale, des marches forcées, de Jim Crow, des lynchages populaires, des meurtres publics perpétrés par la police, de l’enfermement dans des réserves, des ghettos et des barrios, de l’emprisonnement de masse qui se chiffre en millions d’individus, des pensionnats, de la quarantaine économique et de l’occupation militaire de nos communautés? Que veut dire la violence fasciste pour nous les peuples qui faisons déjà face à des processus structurels qui cherchent à nous pousser vers l’alcoolisme, la toxicomanie, le suicide, la maladie mentale et la pauvreté extrême et qui, en collusion avec les aspects les plus explicites de l’oppression coloniale que nous vivons, cherchent à détruire les corps rouges et noirs? Que signifie la violence fasciste pour nous qui vivons déjà dans des conditions que Jodi Byrd décrit comme “invivables, et affligeantes au sein d’économies (étatiques) de mort lente et d’abandon”(38).

 

Placer notre situation actuelle sur un pied d’égalité avec le fascisme peut sembler erroné et outrancier, étant donné ce que nos peuples ont déjà vécu et continuent de vivre au quotidien. Pour reprendre le African People’s Socialist Party, “une position qui craint Trump peine à reconnaître que lorsque les Afro-américains ont été les victimes de lynchages de masse publics, cette terreur a été mise en oeuvre par des états démocratiques non-fascistes, et par des citoyens blancs ordinaires.”

 

Ceci étant dit, nous ne devons pas ignorer le potentiel de violence excessive qui habite le mouvement fasciste nord-américain, même vis-à-vis des standards de la violence coloniale. On peut le voir dans la tuerie de la mosquée de Québec; bien que le tueur, Alexandre Bissonnette, ait semble-t-il agit de son propre chef, nous ne devons pas oublier que la cellule locale des Soldats d’Odin a exprimé son désir de mettre en place des patrouilles dans les quartiers musulmans. De manière générale, nous pouvons dire comme Stephen Pearson (2017) qu’en dépassant le nationalisme populiste de droite de Trump ou de ses équivalents canadiens, ces forces d’extrême-droite, qu’elles se livrent explicitement ou non au fétichisme du nazisme allemand (comme peuvent le faire des organisations comme le Daily Stormer), ce que beaucoup d’individus continuent de voir comme le stéréotype et l’identification la plus visible du fascisme, ces forces d’extrême-droite, donc, désirent toutes ardemment une nouvelle frontière, une recolonisation, des territoires et une patrie blanche. En d’autres termes, ces forces d’extrême-droite cherchent à remettre en marche le rêve colonial – un projet (et c’est important de prendre en considération cet aspect de leur rhétorique) dont elles pensent qu’il a échoué.

 

Et c’est sans doute ici qu’on peut essayer de distinguer ce qui sépare un mouvement réellement fasciste et le nationalisme populiste de droite de Trump. Bien que le slogan principal de Trump ait été “Make America Great Again”, il n’était pas fondé sur l’idée que le projet américain avait échoué en lui-même. Alors que le mouvement fasciste nord-américain, lui, projette un attachement à un rêve américain de ce que “l’Amérique aurait pu être”. Dans ce sens, les deux rhétoriques sont différentes. La pensée fasciste dépasse le projet colonial habituel d’auto-indigénisation des colons, et adhère complètement à la figure du colon lui-même, ce qui inclut toutes les horreurs qui l’accompagnent. C’est en fait la proclamation d’une réaffirmation: le pouvoir blanc explicite, et sans édulcorant. C’est un pouvoir blanc non seulement décomplexé, mais fier de l’être.

 

Au final, la question se retourne sur elle-même, étant donné que la violence fondatrice contre les Autochtones et les Noirs du projet colonial nord-américain est toujours présente. Le libéralisme de base de la vie politique et de la société civile nord-américaine a toujours articulé une guerre à-la-vie-à-la-mort avec deux objectifs fondamentaux: l’élimination des peuples autochtones et la soumission et l’exclusion des peuples noirs. Dans cette perspective, le libéralisme et le fascisme nord-américains font partie du même continuum éthico-politique, qui est fondé dans la violence coloniale et la négrophobie. Dans cette perspective donc, dans le regard du colonisé, la distance qui peut exister entre la formulation dimitrovienne du fascisme comme instrument du grand capital et la formulation d’Hammerquist ou de Sakai qui le voient comme une force sociale spécifique perd de son importance.

 

Et nous revoilà donc de retour sur la question de la violence coloniale dans la politique fasciste, parce que du point de vue de la vie colonisée, que la logique politique gouvernant l’État colonial soit libérale ou fasciste, l’aspect fondamental de violence guerrière reste la même. La menace principale que représente le fascisme pour les peuples colonisés n’est donc pas celle qui nous ferait passer d’un état dans lequel nous ne sommes pas soumis à la violence de toute part, vers un état contraire, mais plutôt qu’il accélérerait le rythme des logiques de dépossession et d’accumulation coloniales.

 

En revanche, cela signifie qu’au final, la question posée aux peuples autochtones et noirs par nos anciens alliés gauchistes blancs qui sonnent actuellement l’alarme antifasciste, se résume à un choix impossible entre un colonialisme non-fasciste, soi-disant démocratique et un colonialisme fasciste. C’est non seulement un choix impossible, mais c’est surtout un faux choix: qu’est-ce que le fascisme en comparaison d’une violence coloniale crue et sans fin? Au mieux, le choix est entre un colonialisme lent (ou démocratique) et rapide (fasciste), le dernier accentuant et accélérant la logique anti-autochtone et anti-noire qui sous-tend de toute façon le projet nord-américain. Nous ne pouvons pas choisir entre le colonialisme démocratique et le colonialisme fasciste parce que le problème reste au final le même: c’est toujours du colonialisme.

 

Que faire?

 

Ceci étant dit, la question reste de savoir comment se battre contre le fascisme. En ce qui me concerne, la réponse est la même que ma réponse concernant ce qui doit être fait pour lutter contre le capitalisme et, en ce sens, ma réponse est simple: l’antifascisme sans la décolonisation, une décolonisation sincère, n’a aucun sens – si vous voulez vous battre contre le fascisme, vous devez également décoloniser. Pour reprendre encore une fois ce que mentionne le African Peoples’ Socialist Party, “notre libération – ce que nous devons atteindre – ne peut venir que d’une lutte générale pour renverser la relation coloniale que nous avons avec le pouvoir blanc” (2015).

 

Ceci est une vérité de base qui doit, selon moi, être comprise par tous ceux et celles qui revendiquent la qualification révolutionnaire. Nous devons avoir le pouvoir de choisir notre propre destin, et nous devons être indépendants de tout besoin vis-à-vis de la classe dominante blanche, de l’État colonial capitaliste et de ses institutions au sein de la société civile. Peut-être que la façon la plus facile et la plus simple de résumer ce point est de dire que nous devons avoir un Black et un Red Power.

 

Qui plus est, en avançant vers ce but, nous devons résister à quelque chose qui est devenu habituel pour la gauche blanche vis-à-vis des peuples colonisés, et qui est la tentative d’imposer ou d’établir les règles et le calendrier pour notre libération. Un des effets majeurs d’une telle pratique impérialiste et opportuniste de la part de la gauche blanche est de désorienter nos peuples, de nous détourner de la lutte contre les forces et structures coloniales, et d’imposer comme programme commun les besoins du colonisateur, aux dépends des besoins des colonisés.

 

En définitive, à quoi ressemble la décolonisation? Que signifient le Red et Black Power? Le but ultime, évidemment, comme le rappelle le African Peoples’ Socialist Party, est “le renversement révolutionnaire du capitalisme colonial américain, ce qui inclut la démocratie capitaliste coloniale ou le fascisme ou n’importe quelle forme que l’État colonial est prêt à prendre pour imposer son pouvoir illégitime sur les peuples opprimés” (2015).

Plus particulièrement, le projet de décolonisation a été subdivisé en trois aspects par Eve Tuck et Wayne Yang (2012), auquel j’ajoute quelques éléments:

  1. Le rapatriement des territoires aux Nations autochtones souveraines; ce qui signifie l’entièreté des territoires, et pas juste de manière symbolique, et sans compensation pour les populations coloniales qui les ont volé et dont l’occupation continue a fait en sorte que ces territoires restent volés.
  2. L’abolition des formes contemporaines d’esclavage, ce qui inclut le continuum carcéral anti-noir, et la mise en oeuvre de réparations pour les peuples africains qui ont été kidnappés et dont le travail a été exploité, ce qui signifie permettre aux communautés noires de se contrôler elles-mêmes sans occupations policières ou militaires.
  3. Le démantèlement de la métropole impérialiste, et la fin du parasitisme des nations impérialistes envers les peuples colonisés du Tiers Monde.

 

Ces buts sont aussi résumés en partie par Frank B. Wilderson III qui écrit la chose suivante:

Qu’elles sont les questions ethico-politiques fondamentales? Pourquoi ces questions sont-elles jugées si scandaleuses qu’elles sont rarement posées de manière politique, intellectuelle et cinématique– à moins d’être posées de manière oblique et inconsciente, comme par accident? Rendez l’île de la Grande Tortue aux “Sauvages”. Rendez la vie à l’esclave. Deux phrases simples, 14 mots simples, et la structure des antagonismes américains peut être démantelée (2010 : 2-3).

 

Pour le dire un peu différemment, et pour faire écho à ce que disait le grand dirigeant révolutionnaire anticolonial de Guinée-Bissau et du Cap Vert Amilcar Cabral (1972), bien que nous ne puissions être sûrs que la défaite du fascisme ou du capitalisme puisse à elle seule être suffisante pour mettre en oeuvre la décolonisation de l’île de la Grande Tortue, nous pouvons néanmoins être sûrs que la défaite du colonialisme sur ces territoires sera aussi la défaite finale ne serait-ce que de la possibilité du fascisme, plus encore que le fascisme lui-même.

 

Enfin, et ceci s’applique aux Blancs aussi, dont je sais que beaucoup sont également inquiets concernant la possible montée du fascisme aux États-Unis et au Canada; je vous dis, amis blancs, collègues, camarades et alliés que la meilleure façon pour vous de participer à la défaite du fascisme, est de vous lever avec nous, en solidarité avec nous, et d’unir vos objectifs avec nos objectifs de décolonisation. Aidez-nous à lutter contre la relation parasitaire dont tous les Blancs ont profité à nos dépends depuis 600 ans. Travaillez en solidarité pour détruire le colonialisme américain, canadien et européen, d’un bout à l’autre du monde, en Afrique, dans les Caraïbes, en Afghanistan, en Palestine, en Syrie, en Asie, dans la soi-disant Amérique du Sud, en Amérique du Nord, et le fascisme, comme toutes les autres incarnations ignobles du capitalisme, tombera avec.

 

Un monde meilleur nous attend toutes et tous.

 

 

 

Bibliographie:

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